Sabine Porté

Interview-portrait

« Nos artisans d’art ont du talent »

A 15 ans tu rêvais déjà de faire ce métier ?

A 15 ans  je rêvais de devenir écrivaine ou archéologue. L’écriture, ce n’était pas assez concret, alors que gratter la terre, collectionner les roches, calcaires ou pas, les rhizomes fossilisés, les fragments de coquilles d’œufs de dinosaure, c’était un autre monde ,où l’histoire et le burin se côtoient, se palpent. Les ongles ocrés et abîmés, je modelais la terre, mélange de bouillie de terre, et de formes, séchées et sublimées par le soleil. Accroupie, la terre basse, les doigts occupés, j’œuvrais dans le silence. J’aimais l’odeur des différentes terres que joyeusement j’exhumai. Les couleurs chaudes des ocres de Provence… Aujourd’hui, je continue à sentir les terres que j’utilise, elles ont chacune leur odeur spécifique. Je crois que c’est ça, qui me reste de mes 15 ans, les odeurs de mes terres.

Ce qui te plaît dans ce métier ? 

Le côté social.

J’aime ce contact avec la clientèle, raconter mon métier,  échanger,  répondre à toutes leurs questions …

J’aime montrer mon travail en cours, expliquer la chimie, la transformation de la matière et le côté magique de la cuisson. Néanmoins, je reste très pudique pour les démonstrations. Chaque plat, bol,ou autres objets en céramique ont une histoire à raconter et j’apprécie ce partage. Face à la société de consommation, c’est toujours un plaisir de proposer une histoire à chaque céramique. Mes clients partiront avec un peu de rêve, une recette, un petit trésor à partager avec les leurs. Oui ! un peu de poésie à partager !

La première chose que tu fais en arrivant dans ton atelier ? 

La première chose que je fais en arrivant à l’atelier, c est vérifier ma cuisson, si j en ai une en cours. Puis le ménage et l organisation du travail de la journée  tout est cadré,  la terre n’attend pas  elle sèche très vite. Je fais beaucoup de barbotines,  tout doit être tournassé assemblé et collé dans le même temps.

Ta plus grosse galère ?

Pas de galère,  même retravailler les déchets de terre,ne me dérange pas, juste chronophage.

La qualité qui te sert le plus souvent ? 

Je suis très organisée et travaille assez vite, quand j ai une nouvelle idée, généralement, c’est déjà organisé dans ma tête  tout va assez vite dans la réalisation. Le talent  si on peut l appeler ainsi résiderait dans la capacité à gérer la difficulté technique. Je comprends la difficulté, j’ai les techniques diverses pour la surmonter. À cause ou grâce, je dirai aujourd’hui, de ne posséder la technique du tournage dans les premières années de travail de la terre, j ai développé d’ autres techniques similaires que j’utilise encore aujourd’hui,  comme le bricolage dans ma maison. Très peu d’ outils, juste réfléchir  à comment les employer, les détourner pour arriver au résultat voulu.

L’objet qui représente ton métier ?

Mon petit couteau. Usé, toujours là. Si je ne le trouve pas, je renverse l’atelier. Il coupe, taille la matière,  il n est pas aiguisé,  sa lame sculpte, dessine, signe. C est mon compagnon d’atelier. Il a participé à mes progrès, mes échecs. Il m’a vu grandir. C’est le premier outil que j ai acheté, c’est le dernier que je quitterai.

Ta plus belle expérience ?

Je crois que ma plus belle expérience est la rencontre avec Gisèle Buthod-Garçon dans son atelier. Un stage amical et édifiant pour moi, dans la vision du travail et de la pensée céramique. Faire tomber les barrières techniques pour ne garder que le plaisir.

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